Deux Créations Théâtrales
"La P…respectueuse" de Jean-Paul Sartre
(dans une traduction en arabe dialectal)
Les 5 et 6 octobre 2004

"Les Justes" de Albert Camus
(dans une traduction en berbère tachelhit)
Les 8 et 9 octobre 2004

Mise en scène : Moïse Touré
Collectif théâtral de 12 comédiens

AMBASSADE DE FRANCE
INSTITUT FRANÇAIS D'AGADIR
Rue Chenguit - Nouveau Talborjt - BP 341 - Agadir. Tél. : 048 84 13 13/048 84 20 01 / Fax : 048 84 31 91 - www.ifagadir.org
/ e-mail : ifa@ifagadir.org


"La P… respectueuse" de Jean-Paul Sartre
&
"Les Justes" de Albert Camus

Conception et mise en scène : Moïse Touré
Assistant à la mise en scène : Abderrazzak Zitouny
Dramaturgie : Jacques Prunair
Chorégraphie : Francis Viet
Scénographie : Marion Legrand
Assistant à la Scénographie : Ahmed Baidou
Création Lumière et Direction Technique : Clémentine Bergel
Régie : Mohamed Aït Brahim
Création Bande son : Pablo Bergel
Image : Yann Ciret
Traduction : Zohra Makach (arabe dialectal) et Chadia Derkaoui (berbère tachelhit)
Dramaturgie pour les traductions : Zohra Makach

Avec les comédiens : Brahim Aboussoufyane, Siham Afouis, Mohamed Ait Si Adi, Ahmed Atif, Rachid El Hazmir, Zorha Farouki, Larbi Hemri, Mohamed Lachhab, Khadija Ouahmane, Hicham Ouaraqa, Meryam Raoui, Brahim Rouibaa

Avec le soutien du JTN (Jeune Théâtre National) pour l'équipe scénographique et technique
et du SCAC (Service de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade de France au Maroc)
En collaboration avec la Compagnie Les Inachevés Grenoble-France

Depuis quelques années, l'Institut Français d'Agadir développe une politique de formation aux pratiques théâtrales dans le cadre de son action de soutien à l'émergence artistique sur son territoire de rayonnement, le sud marocain et plus particulièrement à Agadir.

La vitalité des pratiques théâtrales amateurs ou semi professionnelles, au sein du réseau associatif et éducatif, l'émergence du milieu professionnel berbérophone œuvrant à la fabrication d'œuvres notamment audiovisuelles par le biais de sociétés de production locales répondant aux commandes des télévisions ( fiction et documentaires), font d'Agadir et sa région un creuset des pratiques théâtrales nationales favorisé par la décentralisation et les prises de position des collectivités publiques locales (communes urbaines, région) quand au développement culturel et à l'appui aux associations.

Dans ce contexte, et après avoir organisé plusieurs sessions de formation théâtrale par an avec des artistes, l'Institut Français d'Agadir initie une création confiée au metteur en scène Moïse Touré dans la dynamique d'un travail expérimental mené sous sa direction artistique autour de Bernard Marie Koltès en décembre 2003.

Dirigés par le metteur en scène, Moïse Touré, assisté d'Abderrazzak Zitouny, explorant le geste et le mouvement sous la conduite du danseur Francis Viet, douze comédiens marocains de la région, sont confrontés depuis juin 2004 à la mise en œuvre de la création théâtrale de deux textes du répertoire français " Les Justes " d'Albert Camus et " La P…Respectueuse " de Jean Paul Sartre, dans une traduction en berbère pour " Les Justes " et en arabe dialectal marocain pour " La P…Respectueuse ". La confrontation aux textes originaux en français a fait l'objet de deux chantiers de traduction sous la conduite de deux enseignantes de la faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université d'Agadir, Chadia Derkaoui et Zohra Makach.

La création dans les deux langues prend tout son sens après ce travail d'approche et de confrontation à la langue française et à l'heure où la diversité linguistique et culturelle irrigue le territoire marocain.

Cette création, soutenue par le Jeune Théâtre National (association de soutien aux artistes sortis des écoles nationales françaises), qui apporte son appui à l'encadrement artistique du projet par l'intégration dans l'équipe de création d'une scénographe-costumière et d'une créatrice lumière verra le jour avec une équipe permanente et salariée d'acteurs et d'assistants marocains, mobilisée depuis deux mois dans un multilinguisme riche d'échanges et de mises en perspectives pour l'avenir de la création artistique.

Ce projet se veut mobilisateur et contemporain, pédagogique aussi pour ses acteurs, et l'environnement institutionnel qu'ils interrogent tout au long de l'année par leurs pratiques.

L'exigence qu'implique une telle aventure artistique engage le collectif théâtral formé pour l'occasion à partir des forces vives du jeune théâtre de la région Souss Massa Draa, vers un avenir porteur d'un théâtre de création, exigeant et posant la question des moyens dont il dispose.

L'œuvre de Sartre et Camus, deux auteurs majeurs dont la pensée et l'œuvre ont influencé les générations présentes est plus que jamais contemporaine, alors que 2005 verra le centenaire de la naissance de Sartre près de cinquante ans après que Camus ait reçu le prix Nobel de littérature pour l'ensemble d'une œuvre " qui met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes".

Tous deux utilisent la forme théâtrale comme outil pédagogique, politique et philosophique.

"Les Justes" et "La P… Respectueuse" résonnent aujourd'hui, interrogeant notre conscience, sur la justice et l'injustice, le sens de la communauté, les angoisses que suscite la recherche des valeurs.

Les donner à entendre en arabe et en berbère, c'est élargir le cercle du public, c'est interroger les langues dans leur puissance poétique, c'est confronter l'oralité à l'écrit, la littérature à la vie.

Bérénice GULMANN
Directrice de l'Institut Français d'Agadir

La P… respectueuse

" … Le nègre et la prostituée finissent par se voir avec les yeux du puissant maître blanc. Déchirés, intoxiqués et pourris par un regard qui n'est pas le leur, ils sont devenus pour eux-mêmes ces êtres méprisables à quoi prétend les réduire le mépris du raciste ou du pharisien… jusqu'au jour… "

Francis Jeanson

La P… respectueuse - Histoire

Sartre s'inspira d'un cas célèbre rapporté par Vladimir Pozner dans les États Désunis (1938) :
Scottsboro, 1937
Une bande de jeunes, noirs et blancs, et deux Blanches, voyageaient clandestinement dans un train de marchandises. A la suite d'une bagarre, les cinq Blancs furent éjectés du train et ameutèrent la population en révélant que des Noirs voyageaient avec des Blanches. Quand le train s'arrêta à la gare suivante, une foule en colère captura neuf des Noirs, qu'on allait appeler les "garçons de Scottsboro". Ils furent tous accusés de viol, y compris un gamin de treize ans, un aveugle et un malade. Il devait apparaître plus tard que les demoiselles avaient une réputation discutable et qu'elles avaient pris du bon temps avec des vagabonds avant leur voyage. Soumises à toutes sortes de pressions, les deux malheureuses portèrent plainte; puis l'une d'elles se rétracta, tandis que l'autre ne tarderait pas à être convaincue de faux témoignage. Huit condamnations à mort et une à la détention à vie causèrent un scandale énorme. Le procès dura des années. Le dernier des garçons à être libéré finit par sortir de prison en 1950, dix-neuf ans après sa promenade fatale, et ces viols qui n'avaient jamais eu lieu.

 

 

Les Justes

" Révolte, commencement : le seul problème moral vraiment sérieux, c'est le meurtre. Le reste vient après. Mais de savoir si je puis tuer cet autre devant moi, ou consentir à ce qu'il soit tué, savoir que je ne sais rien avant de savoir si je puis donner la mort, voilà ce qu'il faut apprendre ! "

Albert Camus

Les Justes - Histoire

En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le Grand-Duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l'ont précédé et suivi font le sujet des Justes. Si extraordinaires que puissent paraître, en effet, certaines des situations de cette pièce, elles sont pourtant historiques.
Ceci ne veut pas dire, on le verra d'ailleurs, que Les Justes soit une pièce historique. Mais tous les personnages ont réellement existé et se sont conduits comme je le dis. J'ai seulement tâché à rendre vraisemblable ce qui était déjà vrai.
J'ai même gardé au héros des Justes, Kaliayev, le nom qu'il a réellement porté. Je ne l'ai pas fait par paresse d'imagination mais par respect et admiration pour des hommes et des femmes qui, dans la plus impitoyable des tâches, n'ont pas pu guérir de leur cœur. On a fait des progrès depuis, il est vrai, et la haine qui pesait sur ces âmes exceptionnelles comme une intolérable souffrance est devenue un système confortable. Raison de plus pour évoquer ces grandes ombres, leur juste révolte, leur fraternité difficile, les efforts démesurés qu'elles firent pour se mettre en accord avec le meurtre et pour dire ainsi où est notre fidélité.

A.Camus


Notes de travail

Ces deux créations viennent interroger la figure de l'intellectuel et son engagement dans la société. Cela permettra d'apprécier le legs des pensées de Sartre et Camus chez les intellectuels d'aujourd'hui tout en réintroduisant au théâtre la notion du populaire compris dans son rapport à une communauté. Par ce biais nous réactualiserons la question de la modernité dans son intériorisation par une communauté post-traditionnelle comme la communauté marocaine.

Nous interrogeons ainsi le patrimoine français de l'extérieur pris comme un formidable espace de confrontation et de dialogue avec l'autre (Maghreb / France)

Réécouter Camus et Sartre de l'autre côté de la Méditerranée est la seule façon de rendre leur pensée d'actualité comme une nécessité de penser le monde quelques soient les époques. Ces deux pièces sont l'occasion d'un laboratoire d'expérimentation de la langue à travers deux traductions en berbère (Les Justes de Albert Camus) et en arabe dialectal (La P… Respectueuse de JP Sartre), du rapport théâtre et danse.

Ces deux pièces inspirées de faits réels, questionnent la construction d'une communauté du doute portée par les acteurs, directement adressée au spectateur.

" La P... respectueuse " indique la figure de la femme aux prises avec toutes les injustices et celle de la femme moderne comme révélatrices d'une société en quête d'elle-même dans le cadre appelé communément modernité (rapports hommes / femmes).

" Les Justes " indique le lieu où se fabrique une communauté d'individus en quête d'un projet collectif.

Moïse Touré

La P... respectueuse
Les Justes
Fragments

Tableau II, Scène V

Fred : qu'est ce que tu m'as fait ? tu colles à moi comme mes dents à mes gencives. Je te vois partout, je vois ton ventre, ton sale ventre de chienne, je sens ta chaleur dans mes mains, j'ai ton odeur dans les narines. J'ai couru jusqu'ici, je ne savais pas si c'était pour te tuer ou pour te prendre de force. Maintenant, je sais (il la lâche brusquement) je ne peux vraiment pas me damner pour une putain.

 

 

 

 

 

 

Acte cinquième

Dora : j'ai si froid que j'ai l'impression d'être déjà morte. (Un temps) Tout cela nous vieillit si vite. Plus jamais, nous ne serons des enfants, Boria. Au premier meurtre, l'enfance s'enfuit. Je lance la bombe et en une seconde, vois-tu, toute une vie s'écoule. Oui, nous pouvons mourir désormais. Nous avons fait le tour de l'homme

… Nous avons pris sur nous le malheur du monde... Mais je me dis quelquefois que c'est un orgueil qui sera châtié.
Annenkov : c'est un orgueil que nous payons de notre vie. Personne ne peut aller plus loin. C'est un orgueil auquel nous avons droit.
Dora : sommes-nous sûrs que personne n'ira plus loin? D'autres viendront peut-être qui s'autoriseront de nous pour tuer et qui ne paieront pas de leur vie.
Annenkov : ce serait lâche, Dora.
Dora : Qui sait ? C'est peut-être cela la justice. Et plus personne alors n'osera la regarder en face.

A propos de
"La P… respectueuse "

"Un cœur pur (dixit Héléna Bossis, créatrice du rôle de Lizzie Mackay) et un Noir tremblant de peur et de respect, voilà les protagonistes de cette "comédie-bouffe".
Ce sont aussi les incarnations fondatrices d'une dénonciation du racisme qui, située dans un passé indépassable, en appelle encore et toujours à notre liberté."

"L'écrivain ne peut pas accomplir grand-chose dans le monde. Il peut seulement dire ce qu'il a vu.
Aujourd'hui dans cette pièce, j'attaque le racisme. Demain je consacrerai un numéro de ma revue à attaquer le colonialisme. Je ne crois pas que mes écrits ont beaucoup d'importance ou qu'ils changeront quoi que ce soit, ou même qu'ils me feront beaucoup d'amis. Tant pis : je fais mon travail d'écrivain."

Jean Paul Sartre

 

 

 

 

 

 

 

A propos
des Justes, Actuelles II, 1953

"Le problème n'est pas de savoir si on peut tuer le gardien de la prison alors qu'il a des enfants, et pour s'évader soi-même, mais s'il est utile de tuer aussi les enfants du gardien pour libérer tous les détenus. La nuance n'est pas mince.
Notre époque ne répond ni oui, ni non. Quoique pratiquement, elle l'ait déjà résolu, elle fait comme si le problème ne se posait pas, ce qui est plus confortable. Je ne l'ai pas, moi, posé. Mais j'ai choisi de faire revivre des
gens qui se le posaient, et je les ai servis, en m'effaçant derrière eux, que je respectais.

Il est bien certain cependant que leur réponse n'est pas : "Il faut rester chez soi". Elle est :

1- Il y a des limites. Les enfants sont une limite (il en est d'autres);
2- On peut tuer le gardien, exceptionnellement, au nom de la justice;
3- Mais il faut accepter de mourir soi-même.

La réponse de notre époque (réponse implicite) est, au contraire :

1- Il n'y a pas de limites. Les enfants, bien sûr, mais en somme…
2- Tuons tout le monde au nom de la justice pour tous.
3- Mais réclamons en même temps la Légion d'honneur. Ca peut servir".

Albert Camus

Bio-biblio Sartre

Philosophe, avant tout, Sartre est aussi romancier, essayiste et auteur dramatique. Son premier ouvrage philosophique, l'Imagination (1936), fut suivi de l'Imaginaire (1940), étude inspirée de Husserl sur la nature de l'image et sur la "conscience imageante". C'est avec L'Être et le Néant (1943) qu'il jette les fondements d'un Existentialisme athée qui engendre une morale de l'engagement et de la responsabilité, ébauchée dans L'Existentialisme est un humanisme (1946), ainsi qu'une philosophie de l'histoire, qui apparaît comme une tentative de conciliation de l'existentialisme sartrien et du marxisme (Critique de la raison dialectique, 1960).
Sartre chercha à illustrer sa pensée dans des romans (la Nausée, 1938; les Chemins de la liberté, 1945-1949), des nouvelles (le Mur, 1939), des pièces de théâtre (les Mouches, 1943; Huis clos, 1944; la Putain Respectueuse , 1946; les Mains sales, 1948; le Diable et le Bon Dieu, 1951; les Séquestrés d'Altona, 1959). Il réunit ses nombreux essais de critique philosophique, littéraire, politique ou sociale dans Situations (1947-1976), donna un récit autobiographique (les Mots, 1964) et appliqua une méthode de "psychanalyse existentielle" à l'étude de Baudelaire (1947), de Jean Genet (Saint Genet, comédien et martyr, 1952) et de Flaubert (l'Idiot de la famille, 1971-1972).
Sartre refusa, en 1964, le prix Nobel de littérature qui lui était attribué. À la Libération, il a tenté de grouper les éléments de gauche non communistes dans un rassemblement démocratique révolutionnaire et fonda en 1945 la Revue les Temps modernes; il fut le premier directeur du quotidien Libération (1973).

La Putain Respectueuse a été représentée pour la première fois le 8 novembre 1946 au théâtre Antoine (direction Simone Berriau). La mise en scène est non signée, mais elle est due à Sartre lui-même, assisté de Michel Vitold. Décors d'André Masson.

Rôles: Lizzie, Le Nègre, Fred, Le sénateur, John, James,
1er homme, 2ème homme

 

 

Bio - biblio Camus

Après une enfance de " pauvreté et de lumière ", des études de philosophie interrompues par la tuberculose, il publia ses premières œuvres et débuta dans le journalisme. Puis il quitta l'Algérie pour des voyages en Europe, gagna la France en 1938 et, engagé dans la Résistance, devint rédacteur en chef du journal Combat (1944-1946). Mêlé ardemment à l'actualité de son temps, il manifesta sa soif de justice et sa recherche d'un humanisme mesuré dans ses Actuelles (recueils d'articles, 1939 à 1958), et les Carnets (posth., 1962). Prix Nobel de littérature (1957) pour avoir " mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes ", Camus a exprimé dans son œuvre une expérience intérieure complexe, toujours en mouvement, et qu'a mûrie la confrontation entre la soif de bonheur et le " silence déraisonnable du monde ". L'Etranger (roman, 1942) comme Le Mythe de Sisiphe (essai philosophique, 1942) témoignent que " l'absurde est essentiellement un divorce " ; il n'est ni dans l'homme, ni dans le monde, " il naît de leur confrontation ". Camus s'efforça d'orienter une révolte d'abord conçue comme individuelle (cf. les pièces Caligula et Le Malentendu, 1944) vers une morale collective qui exalte la solidarité humaine face au mal (La Peste, roman, 1947 ; L'Etat de siège, pièce, 1948). Hostile à " l'abstention pratique " mais aussi à " l'efficacité à tout prix " (cf. la pièce Les Justes, 1949) et les analyses critiques sur l'histoire de L'Homme Révolté, (1951), conscient qu'il n'y a pas de morale confortable (La Chute, 1956), Camus semble aboutir avec les nouvelles groupées dans L'Exil et le Royaume (1958), à un humanisme nouveau.

Les Justes ont été représentés pour la première fois le 15 décembre 1949, sur la scène du Théâtre-Hébertot (direction Jacques Hébertot) dans la mise en scène de Paul Oettly, le décor et les costumes étant de De Rosnay.

Rôles : Dora Doulebov, La Grande-Duchesse, Ivan Kaliayev,
Stepan, Fedorov, Boris Annenkov, Alexis Voinov, Skouratov,
Foka, Le Gardien

Notes à propos de la traduction des "Justes"

Notre démarche s'inscrit dans la perspective d'une traduction qui tente de construire un texte en langue cible (Tachelhit) équivalent au texte source (français), sans pour autant prétendre à l'équivalence parfaite tant les univers sont contrastés : slave par le contenu politique et anthropologique, français par le style de Camus, et Tachelhit par l'accueil verbal et signifiant de l'expression.
Le texte traduit est censé accueillir et transporter le public dans l'altérité du texte cible, car qu'est ce que traduire, sinon, comme dirait J. Strabinski : "se faire accueil, n'être d'abord rien qu'une oreille attentive à une voix étrangère, puis donner à cette voix, avec les ressources de notre langue, un corps en qui survit l'inflexion première."
Le passage de la langue française à la langue vernaculaire tachelhit est une gageure, plus encore une épreuve de l'étrangeté, aller chercher dans la langue maternelle le virage (et le vertige) des mots en les refigurant dans le miroitement de l'autre langue.
Dans cette expérience, demeure le sentiment paradoxal de distance et de rapprochement; La création d'un lieu incertain, un entre deux ou résonne l'écho de ces deux langues.
D'une façon plus précise, dans notre démarche, nous avons tenu compte de deux éléments fondamentaux : le public et le texte ; c'est-à-dire faciliter l'accès au texte (favoriser la compréhension, la communication) sans pour autant le dénaturer et le défigurer ; d'où la principale difficulté car il s'agit de traduire un texte littéraire de tradition écrite dans une langue de tradition orale. Et le théâtre berbère jusqu'à présent est un théâtre (amateur) d'improvisation. On a alors opté d'osciller entre le style familier et la néologie ; cela permet de maintenir une certaine étrangeté du texte, car il ne s'agit ni de dépayser complètement le public ni de lui faire des concessions. On a même opté parfois pour l'emprunt aussi bien à l'arabe dialectal qu'au français pour reproduire le naturel de certaines situations où la néologie parait artificielle.
Bref, en tenant compte des différences entre les deux systèmes, autant linguistiques (syntaxiques, lexicals, stylistiques…) que culturels (l'impact et les connotations que peuvent avoir certains mots), nous avons usé de divers procédés : l'équivalence quand le mot à mot est possible, l'étoffement quand il s'agit d'expliciter certaines situations mais aussi l'économie de certains détails…. Mais à chaque fois, et dans le souci de reproduire les effets du texte source, nous avons respecté son rythme, son mouvement et son articulation.
Dans cette aventure, le souci de faire passer le texte premier dans la langue vernaculaire tachelhit nous a poussé à privilégier l'exactitude à l'élégance du style, car il s'agit dans cette première expérience de donner la priorité à la communication littéraire.

Chadia Derkaoui,
Enseignante de linguistique
à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Agadir

Atelier de traduction dirigé par Chadia DERKAOUI, et formé de :
- Rachid ELHAZMIR
- Halima MOUJARADI
- Boujemaâ BILOUGUI
- Brahim ABOUSSOUFYANE
- Hassan ALIOUI
- Brahim BATTA
- Larbi HAMRI

Notes A propos de la traduction de "La P… respectueuse"

Traduire une pièce de théâtre ne se limite pas à comprendre la fable, à saisir ce qui se passe d'une réplique à une autre, à reconstruire les actions, cela consiste d'abord à s'immerger dans la dramaturgie, dans la matière et la musique du texte, c'est aussi faire l'expérience concrète de sa matérialité. Autrement dit, d'après notre modeste expérience, la traduction d'un texte théâtral n'est possible que si l'on prend en compte la pratique théâtrale dans laquelle on peut faire signifier ce texte, le mettre en tension et en circulation.
L'originalité de cette expérience, c'est-à-dire la traduction de la P….Respectueuse , c'est qu'elle se place du côté de la réception, de la manière dont le lecteur-acteur active le texte, lui donne corps et âme, collabore avec lui, utilise les différents mécanismes de la lecture. Les rencontres avec les comédiens étaient très utiles. L'acte concret de la lecture nous a permis d'entendre les sons, de comprendre la syntaxe du texte traduit, de repérer les rythmes : établir une certaine ponctuation, déterminer la partition des silences, des ralentissements, des accélérations, bref guetter l'émergence du sens.


Zohra Makach
Enseignante de Littérature Française et théâtre
à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines - Agadir

Distribution

"La P…. Respectueuse"

Mise en scène
Moïse Touré

Scénographie
Marion Legrand

Lizzie
Meryam Raoui

Le Nègre
Ahmed Atif


Fred
Brahim Rouibaa


Assistanat à la mise en scène
Abderrazzak Zitouny

Assistanat à la scénographie
Ahmed Baidou

Le sénateur
Mohamed Lachhab

John / 2ème homme
Hicham Ouaraqa

James / 1er homme
Brahim Aboussoufyane

Chorégraphie
Francis Viet

Création bande son
Pablo Bergel
 " Les Justes"

Dora Doulebov
Siham Afouis

La Grande-Duchesse
Khadija Ouahmane

Skouratov
Brahim Aboussoufyane

Direction Technique
Clémentine Bergel


Régie
Mohamed Aït Brahim


Boris Annenkov
Ahmed Atif

Foka/ Le Gardien
Mohamed Ait Si Adi

Alexis Voinov
Larbi Hemri
   

Ivan Kaliayev
Rachid El Hazmir

Stepan Fedorov
Hicham Ouaraqa

Le Chœur
Zorha Farouki


Moïse TOURE
Moïse Touré, né en Côte-d'Ivoire, est arrivé en France à l'âge de 14 ans. Adolescent, il a voulu devenir marin ; sa vocation théâtrale, selon lui, serait une façon de réaliser ce rêve sur la terre ferme. Après trois premières mises en scène à l'Espace 600 de Grenoble entre 1984 et 1986, Touré commence à se faire connaître avec Polar de la dernière nuit, d'Ahmed Kalouaz, qui remporte à Paris le premier prix d'interprétation au Festival du Théâtre Beur.

Dès 1988, Désirs fragmentés, d'après Genet, Sartre, Duras, Kalouaz et Camus, témoigne non seulement du goût de Touré pour les spectacles composites à partir de textes d'auteurs tutélaires, mais aussi de sa prédilection pour l'écriture contemporaine dans sa diversité, ainsi que de sa volonté de faire théâtre partout : ce projet fut en effet présenté à l'Ecole des Beaux-Arts, dans un appartement de La Villeneuve, dans le parking de l'Ecole d'Architecture, à la Maison d'Arrêt de Varces, et dans le champ de fouilles de la Crypte Saint-Laurent, à Grenoble.

En 1992, il est lauréat de la Villa Médicis Hors les murs pour son projet "Métissage et Modernité" présenté à la Rampe d'Echirolles.
Depuis 1991, Moise Touré participe dans le cadre de l'Académie Expérimentale des Théâtres à des recherches artistiques en France et à l'étranger : Paris, Moscou, Berlin, Avignon et Nairobi…

De 1994 à 1998, tout en poursuivant sa propre carrière de metteur en scène, Touré est l'assistant de Georges Lavaudant sur les créations de Lumières I près des ruines, Lumières II sous les arbres (de Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch, Georges Lavaudant et Jean- François Duroure), Le Roi Lear (de Shakespeare), Histoires de France (de Michel Deutsch et Georges Lavaudant), La Noce chez les petits-bourgeois et Tambours dans la nuit (de Brecht), et de Jean Paul Wenzel pour Le Mandat de Sembène Ousmane (1994)

Il est artiste associé à l'Archipel / Scène nationale de Guadeloupe entre 2000 et 2003 (l'une des étapes les plus marquantes de cette résidence fut Identités Caraïbes, présenté à l'Odéon en 2001). Depuis, Moïse Touré a mis en scène Euripide au Niger, au Mali, au Burkina-Faso, en Côte d'Ivoire et en France, avant d'ouvrir un nouveau cycle, après Ecrire et Lire la ville, qui devrait l'occuper jusqu'en 2006 : Fabrique urbaine, Ville / Campagne.

- Principales mises en scène :

- Le qu'en dira-t-on des troyennes à la robe traînante, 2004
- Quai Ouest ( Muelle Oeste) de Bernard-Marie Koltès, 2003
- Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès (2001, l'Artchipel - Scène Nationale de Guadeloupe)
- La Révolte des anges de Enzo Cormann (1999 - Maison du Théâtre et de la Danse - Epinay sur Seine et Théâtre du Merlan - Marseille)
- Orphée Noir d'après l'anthologie de poésie nègre et malgache de Léopold-Sédar Senghor (lecture au Musée Calvet- Festival D'Avignon 2000)
- Un si Long voyage d'après Onitsha de Jean Marie Gustave Le Clézio (Ecole du TNS - Strasbourg et Le Cargo - Grenoble)
- Agatha, Pièce hésitante, Intimité I de Marguerite Duras (La Rampe d'Echirolles - 1997)
- Fragments de Désir avec l'Ecole Nationale du Cirque (1997, le Cargo - Grenoble, Théâtre de la Cité Internationale - Paris)
- la Quête de l'autre (1993- 1994, Grenoble, Nairobi) Projet Koltès rassemblant : Dans la solitude des champs de coton, Tabataba et Combat de nègres et de chiens
- La Minute de silence de Claude-Henri Buffard (1991, Meylan, Grenoble, Strasbourg) …

Paysage Après la Pluie prochain spectacle de Moïse Touré sera programmé du 11 au 21 mai 2005 dans le cadre de la saison 2004-2005 du Théâtre National de l'Odéon. A propos de "La P… respectueuse "


Francis VIET

Études Supérieures de Littérature, Cinéma, Danse, Théâtre, à l'Université de Nancy II avec pour Professeur, Jean Marie VILLÉGIER

Tout en menant des études de danse à la Folkwang Hochschule de Essen dont il est diplômé en juillet 1981, il partage des aventures théâtrales avec Jean Marie VILLEGIER, Christian RIST et Georges LAVAUDANT

Il est artiste invité puis membre du Pina Bausch's Dance Theater de 1980 à 1994 et participe aux spectacles de répertoire et de création de la compagnie : Frühlingsopfer -Le Sacre du Printemps / Barbe Bleue / Arien

- Orpheus und Eurydike
- Komm tanz mit mir
- Renate wandert aus
- Er nimmt sie an der Hand und führt sie in das Schloss , die anderen folgen
- Kontakthof
- Arien
- Keuschheitslegende
- 1980 - Ein Stück von Pina Bausch
- Bandoneon
- Waltzer
- Auf dem Gebirge hat man ein Geschrei gehört
- Two cigarets in the dark
- Viktor
- Ahnen
- Palermo Palermo
- Tanzabend II
- Tanzabend I
- Das Stück mit dem Schiff

Il est depuis, régulièrement assistant de Pina Bausch pour les reprises de spectacles du répertoire de la Compagnie.

Depuis 1999, il mène un travail de création chorégraphique indépendant et est le compagnon de route de nombreux metteur en scène tels que Simone AMOUYAL, Catherine MARNAS, Georges LAVAUDANT, Moïse TOURE ou chorégraphe tel que Elsa WOLLIASTON


Calendrier

Du 24 au 29 mai 2004 : stage de pré sélection et constitution de l'équipe de création.

- Du 31 mai au 06 juin 2004 : Atelier Danse avec Francis Viet
- Du 07 juin au 13 juin 2004 : Travail à la table sur les 2 traductions " les Justes" et "La P…. respectueuse" avec Moïse Touré.

- Du 12 juillet au 17 juillet 2004 : Atelier Danse avec Francis Viet
- Du 19 juillet au 24 juillet 2004 : Répétitions avec Moïse Touré

- Du 31 août au 4 octobre 2004 : Répétitions et générales

Représentations :

La P… respectueuse : les 5 et 6 octobre 2004
Les Justes : les 8 et 9 octobre 2004

Les deux représentations auront lieu à l'Institut Français d'Agadir : théâtre de verdure à 20h30.

Répétitions de reprise à Agadir et tournée au Maroc du 23 novembre 2004 au 05 décembre 2004.